Churchill
La bénédiction déguisée, Londres, 26 juillet 1945
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Annexe du 10 Downing Street, Storey's Gate, Londres, nuit du 26 au 27 juillet 1945. Les résultats sont tombés à midi ; à sept heures du soir, il a remis sa démission au roi.
Deux heures du matin, et j'ai renvoyé les secrétaires. Depuis cinq ans il y a toujours eu quelqu'un dans cette chambre pour prendre en note ce que je dis, à minuit, dans le bain, entre deux cigares ; la moitié de ce que l'Angleterre a lu de moi a été dicté à des jeunes femmes qui tombaient de sommeil. Cette nuit, personne. Ce que je vais penser ne sera pas pris en note ; l'expérience est assez neuve pour être conduite jusqu'au bout. Le peuple britannique m'a renvoyé. Il l'a fait avec une netteté que je n'ai jamais obtenue de lui contre personne : près de quatre cents sièges à Attlee, deux cents à moi. Ce n'est pas un vote, c'est un verdict, et les verdicts ne se plaident pas.
Le vrai commencement de cette journée, je le garderai pour mes mémoires, parce qu'il ne me flatte pas. Un peu avant l'aube, je me suis réveillé d'un coup, avec une douleur vive, presque physique, comme une lame : la certitude, montée du fond où je la tenais depuis trois semaines, que nous étions battus. Toute la pression des grands événements, contre laquelle je maintenais depuis cinq ans ma vitesse de vol, allait cesser, et je tomberais. Le pouvoir de façonner l'avenir me serait retiré. J'en ai été mécontent. Puis je me suis tourné sur l'autre côté et je me suis rendormi. On y verra du courage. C'était de la fatigue, ce qui est plus rare et me sert davantage.
À neuf heures, la salle des cartes. La pièce où nous avons suivi les convois, Stalingrad, la Normandie, épinglait ce matin des circonscriptions. Preston, perdue : c'est Randolph. Paddington, perdue : c'est Brendan. Norwood, perdue : c'est Duncan, le mari de Diana. Le pays a fait le ménage jusque dans ma famille. Max me promettait cent sièges de majorité ; Staline, qui s'y connaît en élections, m'en donnait quatre-vingts ; les seuls à avoir vu juste sont les sondeurs, une engeance dont j'ignorais qu'elle comptât. Et les foules, un mois de foules à courir après ma voiture. Elles m'acclamaient et votaient Attlee ; certains, me dit-on, le criaient tout haut. Elles avaient raison de faire les deux.
J'ai commis un discours, le 4 juin, où j'ai dit qu'un gouvernement socialiste finirait par s'appuyer sur quelque Gestapo. Clemmie m'avait supplié de couper le mot. Je l'ai gardé. C'est une loi de ma vie : les mots que Clemmie me demande de couper sont exactement ceux qui coûtent. Attlee a répondu le lendemain, de sa voix de greffier, que la voix était la mienne mais l'esprit celui de Beaverbrook, et il avait raison, ce qui ne m'a pas plu. Cet homme a siégé cinq ans à mon Cabinet de guerre sans dire un mot de trop, ce qui est une façon d'en dire beaucoup. Après-demain il s'assiéra dans mon fauteuil à Potsdam, en face de Staline, qui ne comprendra jamais qu'on puisse perdre une élection qu'on a soi-même organisée.
Au déjeuner, Clemmie m'a dit que c'était peut-être une bénédiction déguisée. J'ai répondu que pour l'instant le déguisement était fort réussi. Moran, plus tard, a parlé de l'ingratitude du peuple. Je l'ai arrêté. Ce n'est pas de l'ingratitude : ils ont eu une vie très dure. Six ans de caves et de tickets, des maisons éventrées, des fils dans le désert, et un vieux monsieur qui leur promettait du sang et des larmes ; ils m'ont cru, ils ont tenu. Les soldats ont voté par la poste, des Indes, d'Italie, du Rhin, et ils n'ont pas voté contre moi ; ils ont voté pour des maisons et des médecins, pour ce plan de Beveridge que j'avais prié d'attendre la paix. La paix est là, ils n'attendent plus. Je suis l'homme qu'on veut à la barre dans la tempête. Je ne suis pas celui à qui l'on confie le partage de l'eau douce.
Max et Brendan voulaient que j'attende la rentrée de la Chambre, que je fasse durer. Non. Un homme qui s'accroche une nuit de trop finit par avoir l'air de s'être accroché toute sa vie. À sept heures j'étais chez le roi. Il m'a offert la Jarretière ; j'ai décliné : je ne pouvais accepter l'ordre de la Jarretière de Sa Majesté le jour où le peuple me décernait l'ordre de la Botte. Puis j'ai dicté, une dernière fois, quelques lignes pour la presse : j'ai déposé la charge qui me fut remise en des temps plus sombres. C'est exact, et c'est tout ce qu'on peut dire debout.
Une chose me tourmente davantage que la défaite. Il y a dix jours j'étais assis sur une chaise cassée, à Berlin, devant le trou où l'on a brûlé Hitler ; le lendemain, un télégramme m'apprenait que dans un désert du Nouveau-Mexique les Américains avaient fait lever un soleil. J'ai parlé, paraît-il, de Second Avènement dans la colère, et Brooke a levé les yeux au ciel. La dernière pièce qui porte ma signature de Premier ministre est sortie aujourd'hui même : un ultimatum au Japon, avec Truman et Tchang. Ma dernière phrase publique est une menace de mort adressée à un empire, et je ne serai pas là pour la voir tenue. En mai, j'ai écrit à Truman qu'un rideau de fer descendait sur le front des Russes. Je vais le regarder descendre depuis les bancs de l'opposition, en levant la main pour demander la parole.
Ce n'est pas mon premier renvoi. En 1915, après les Dardanelles, on m'a chassé de l'Amirauté ; cet été-là, la Muse de la peinture est venue à mon secours, et en novembre j'ai fêté mes quarante et un ans dans une tranchée, chez les Grenadiers, à apprendre la boue avant qu'on me donne un bataillon. Dans les années où personne ne m'écoutait, à Chartwell, je posais deux cents briques et deux mille mots par jour. En 1940, le fiasco de Norvège, qui a coûté sa place à Neville, était le mien, et c'est moi qu'on a pris pour le remplacer. J'ai survécu à mes fautes plus souvent que mes adversaires n'ont survécu à leurs vertus. Ce n'est pas une morale, c'est un état de service.
Puisque personne ne note, notons le reste. J'ai fait tirer sur des marins français à l'ancre, à Mers el-Kébir, treize cents morts, la décision la plus haïssable de ma vie, et j'ai pleuré en l'annonçant, et la Chambre s'est levée ; il est possible d'avoir raison en pleurant. J'ai réclamé sur des villes allemandes des bombardements que j'ai ensuite regrettés par écrit, et j'ai retiré l'écrit. On me reprochera l'Inde, et l'on aura des raisons : je l'ai aimée trop pour la laisser partir et pas assez pour la nourrir, et je n'ai pas de réponse qui me fasse honneur ; je n'en fabriquerai pas une ce soir. Je n'ai pas tenu ma vie propre. Je l'ai tenue en marche.
Mon père est mort à quarante-cinq ans, la raison partie et les amis aussi, après m'avoir écrit que je finirais en raté de salon. J'en ai soixante-dix. Il y a vingt-cinq ans que je vis dans le temps qu'il n'a pas eu, et il n'y a pas un livre, pas un discours, pas une brique de Chartwell qui ne lui ait été adressé. Si son fantôme venait s'asseoir dans mon atelier et me demandait ce que j'ai fait de ma vie, je crois que je lui parlerais de mes livres. Je ne suis pas sûr que je lui dirais le reste. Je ne suis pas sûr qu'il me laisserait finir.
On me trouvera un appartement au Claridge's, avec un balcon ; je demanderai qu'on me loge loin du balcon. Ce n'est pas que je veuille quitter le monde ; c'est que des pensées viennent, et qu'il suffit d'une seconde. Le chien noir connaît le chemin de mes chambres depuis ma jeunesse : on ne le chasse pas, on l'occupe. Je vais écrire cette guerre. Six volumes, je pense, et je les dicterai. J'y serai juste avec chacun, et un peu plus avec moi-même : c'est l'avantage de celui qui tient la plume, et je l'ai toujours tenue. Le peuple a parfaitement le droit de me mettre dehors ; c'est très exactement ce pour quoi nous nous sommes battus, et je ne vois pas pourquoi j'en serais exempté. Il est trois heures. Je vais me rendormir. C'est un talent. Il m'a sauvé plus souvent que le courage.
Il partit peindre au lac de Côme en septembre, quinze toiles en trois semaines. En mars 1946, à Fulton, le rideau de fer devint un discours, et le discours une époque. Puis il écrivit la guerre : six volumes dictés entre 1948 et 1953, une équipe d'historiens en sous-main, et un contrat qui fit de lui, passé soixante-dix ans, un homme riche pour la première fois de sa vie ; on a montré depuis qu'il y avait arrangé quelques pages, dont les trois jours de mai 1940 où son Cabinet de guerre débattit d'une paix négociée et qu'il déclara n'avoir jamais eu lieu. Le prix Nobel de 1953 fut celui de littérature ; il espérait, dit-on, celui de la paix, et Clementine alla le recevoir à Stockholm à sa place. Il revint à Downing Street à soixante-seize ans, dissimula une attaque cérébrale au pays entier en 1953, et mourut le 24 janvier 1965, soixante-dix ans jour pour jour après son père, comme il l'avait annoncé. Les grues des docks de Londres s'inclinèrent au passage de son cercueil sur la Tamise ; on a rapporté depuis que les grutiers avaient été payés pour le geste, ce qui n'enlève rien à l'image. Et en 1947, entre deux volumes, il avait écrit un court texte qu'il ne publia pas, « Le Rêve » : son père lui apparaît dans l'atelier de Chartwell, s'assoit dans le fauteuil de cuir rouge, se fait raconter le monde depuis 1895, et finit par lui dire qu'à l'entendre parler, il s'étonne qu'il ne soit pas entré en politique, qu'il aurait pu se faire un nom. Winston lui a parlé de ses livres. Le fantôme craque une allumette pour sa cigarette et disparaît dans l'éclair, avant que le fils ait pu lui dire le reste.
Le vrai et la légende
De sa main
Le cas inverse de Gengis, et le plus dangereux de la série : des millions de mots sur lui-même, tous publiés par lui de son vivant. My Early Life (1930), The World Crisis (1923-1931 ; mot rapporté de Balfour : « Winston a écrit un énorme livre sur lui-même et l'a appelé La Crise mondiale »), Marlborough, The Second World War (six volumes, 1948-1953, prix Nobel de littérature 1953), Painting as a Pastime (1948 : « Quand j'arriverai au ciel, je compte passer une bonne partie de mon premier million d'années à peindre »), Thoughts and Adventures, et quelque 1 700 lettres et billets échangés avec Clementine sur cinquante-sept ans (édités par leur fille Mary en 1998). Sur le 26 juillet 1945, il a lui-même écrit le réveil avant l'aube « avec un coup vif, presque physique, de douleur », la conviction d'être battu, la fin de sa « vitesse de vol », et l'aveu : « J'en fus mécontent, me retournai et me rendormis » ; l'échange du déjeuner : Clementine, « C'est peut-être une bénédiction déguisée », lui, « Pour l'instant elle est fort efficacement déguisée » ; et la déclaration du soir : « J'ai donc déposé la charge qui me fut remise en des temps plus sombres. » Le télégramme à Truman du 12 mai 1945 : « Un rideau de fer est descendu sur leur front », dix mois avant Fulton. La lettre de son père du 9 août 1893, qui promet au cadet médiocre de Sandhurst de finir en « raté de salon », dans une existence « minable, malheureuse et futile ». La lettre à Baldwin de 1928 : « 200 briques et 2 000 mots par jour ». Le mémo du 28 mars 1945 sur les bombardements des villes allemandes « pour le seul accroissement de la terreur », retiré à la demande de l'état-major de l'air et remplacé par un texte neutre. Sur Mers el-Kébir (3 juillet 1940, 1 297 marins français tués) : « la décision la plus haïssable, la plus contre nature et la plus douloureuse à laquelle j'aie jamais été mêlé ». Et « The Dream » (écrit en 1947, publié en 1966 après sa mort) : le fantôme de son père dans l'atelier de Chartwell, la pièce la plus nue qu'il ait laissée. Attention : ce « je » est un « je » professionnel, dicté à des secrétaires, préparé par une équipe (le « Syndicate » : Deakin, Pownall, Ismay, Kelly) et arrangé. David Reynolds (In Command of History, 2004) a montré, procès-verbaux en main, que les trois jours de mai 1940 où son Cabinet de guerre a débattu d'une paix négociée par l'Italie ont disparu des mémoires (« la question ne fut jamais mise à l'ordre du jour... nous étions bien trop occupés pour perdre notre temps à des questions aussi irréelles et académiques »).
Documenté (par des tiers)
Élections du 5 juillet 1945, dépouillement retardé de trois semaines pour les bulletins des soldats ; Potsdam quitté le 25 en promettant d'y être de retour le 27 ; Staline lui prédisait quatre-vingts sièges de majorité, Beaverbrook une centaine ; les sondages Gallup donnaient le Labour en tête depuis 1943, personne ne les lisait. Discours radio du 4 juin 1945 (« quelque forme de Gestapo »), que Clementine l'avait supplié d'amputer ; réponse d'Attlee le lendemain (« la voix était celle de M. Churchill, mais l'esprit celui de Lord Beaverbrook »). Résultats : Labour 393 sièges, conservateurs et alliés 213, majorité absolue de 146 ; Randolph Churchill (Preston), Brendan Bracken (Paddington North), Duncan Sandys (Norwood), Harold Macmillan (Stockton) battus. Matinée au Map Room de l'Annexe où l'on épinglait les résultats ; démission remise au roi à 19 h, contre l'avis de Beaverbrook et Bracken qui voulaient attendre la Chambre ; Jarretière offerte par George VI et refusée (acceptée en 1953) ; Attlee reçu à 19 h 30, reparti à Potsdam le 28. Moran, son médecin (journal publié en 1966, contesté dans ses reconstructions, mais témoin quotidien) : à l'évocation de l'ingratitude du peuple, « Oh non, je n'appellerais pas ça ainsi. Ils ont eu une vie très dure » ; en août 1944, le chien noir (« je n'aime pas me tenir au bord du quai quand l'express passe... une seconde d'action finirait tout, quelques gouttes de désespoir ») ; au Claridge's, après la défaite, la demande d'être logé loin du balcon (« je n'ai aucune envie de quitter ce monde, mais des pensées viennent, des pensées désespérées »). Alanbrooke (journal, 23 juillet 1945) : Churchill exalté par la nouvelle de Trinity parlant du « Second Avènement dans la colère » ; et son verdict du 10 septembre 1944 : « Jamais je n'ai admiré et méprisé un homme à ce point en même temps. » La déclaration de Potsdam au Japon publiée le 26 juillet 1945 sous les noms de Truman, Churchill et Tchang Kaï-chek. Le bunker d'Hitler visité le 16 juillet, la chaise cassée à l'entrée. 1915 : chassé de l'Amirauté après les Dardanelles, la peinture commencée cet été-là à Hoe Farm, le front en novembre (quarante et un ans le 30 novembre 1915 chez les Grenadier Guards, un bataillon des Royal Scots Fusiliers en janvier 1916). Le fiasco de Norvège (avril-mai 1940), dont il était le premier responsable comme Premier Lord, et qui fit tomber Chamberlain à son profit (« ce fut une merveille que j'y aie survécu », de sa main). L'alcool : consommation quotidienne considérable, et aucun témoin direct ne l'a vu incapable en fonction ; le whisky-soda du matin si dilué que Colville l'appelait « bain de bouche ». Le vote des soldats acquis au Labour, porté par le rapport Beveridge (1942) que Churchill avait voulu différer à l'après-guerre. Sa mort le 24 janvier 1965, jour anniversaire de celle de son père (1895), qu'il avait annoncée à Colville.
Les taches, en clair (prouvé / contesté / faux)
Prouvé : le soutien à la stérilisation des « faibles d'esprit » (lettre à Asquith, décembre 1910) ; le mémo de 1919 se disant « fortement favorable à l'usage de gaz empoisonnés contre les tribus non civilisées » (il visait surtout des gaz incapacitants, et ils ne furent pas employés en Irak sous son mandat, mais la phrase est de lui) ; les deux grévistes tués par la troupe à Llanelli en 1911, sous son autorité de ministre de l'Intérieur ; le retour à l'étalon-or de 1925, qu'il a lui-même regretté ; Mers el-Kébir ; la pression pour les bombardements de villes, puis le mémo retiré ; sur le Bengale (famine de 1943, deux à trois millions de morts), des refus de détourner des navires et des propos sur les Indiens si odieux que son propre ministre de l'Inde, Leo Amery, écrivit dans son journal douter qu'il fût « tout à fait sain d'esprit » sur ce sujet. Contesté : la part exacte de Churchill dans la famine (cyclone d'octobre 1942, perte du riz birman, inflation de guerre, accaparement, gouvernement provincial ; Mukerjee l'accable, Roy et Roberts rappellent les envois de blé australien et sa demande d'aide à Roosevelt en avril 1944) ; l'ampleur de la dépression (Storr en fait le ressort de sa vie, Roberts une légende gonflée par Moran ; entre les deux, un homme sujet à des creux sévères, qui l'a dit lui-même) ; les mots trop bons pour être garantis : « je ne pouvais accepter l'ordre de la Jarretière le jour où le peuple me décernait l'ordre de la Botte », « acclamez-moi et votez Attlee » prêté aux foules, « ils ont parfaitement le droit de me mettre dehors, c'est la démocratie, c'est pour cela que nous nous sommes battus ». Faux ou légende : Tonypandy 1910 (il a retenu les troupes et envoyé la police ; le mythe gallois du ministre qui fait tirer sur les mineurs est faux, Llanelli est l'affaire réelle) ; Coventry sacrifiée pour protéger le secret d'Enigma (les dossiers montrent qu'il croyait Londres visée) ; « l'histoire me sera favorable, car j'ai l'intention de l'écrire » (inventée ; la vraie phrase, aux Communes en 1948, plaisantait qu'il valait mieux « laisser le passé à l'histoire, d'autant que je me propose d'écrire cette histoire moi-même ») ; les mots cruels sur Attlee (« un homme modeste qui a beaucoup de raisons de l'être », « un taxi vide s'arrêta et Attlee en sortit »), qu'il a désavoués ; l'ivrogne.
Le dispositif
L'homme qui a tout dicté, la seule nuit où personne ne prend en note. Le texte se donne pour ce qu'il aurait pensé sans sténographe, à l'Annexe, dans la nuit du 26 au 27 juillet 1945, après avoir remis sa démission au roi. Ce qu'il dit du réveil avant l'aube, du déjeuner, du roi, de Moran, est adossé mot pour mot à ses mémoires et aux journaux des témoins ; tout le reste est imaginé et assumé.